Chaque religion, mouvement ou communauté spirituelle, a pour son fondateur une reconnaissance, une vénération qui s’exprime souvent par le choix d’un jour de l’année pour commémorer sa naissance. Pour le prophète Mohammed – « paix et bénédictions sur lui »-, Al Mawlid (la naissance) an-Nabi (du Prophète) ou al-Nabawi, a lieule 12 du troisième mois lunaire rabi’-al awal.
Cette célébration ne fait pas l’unanimité chez tous les théologiens musulmans, surtout en Arabie saoudite, car les textes canoniques n’en mentionnent pas l’obligation ; c’est une innovation ajoutée plus tard et, pensent-ils, sous l’influence de coutumes étrangères. Dans plusieurs autres pays cependant elle est respectée, avec piété dans l’espace public et avec gaieté dans les familles : en Égypte, Uttar Pradesh, au Pakistan, Maghreb, etc. … au Sénégal, Soudan, Mali… où sont chantés des hymnes poétiques en l’honneur du Prophète.
La plupart des religions, des groupes spirituels célèbrent la naissance de leur fondateur comme la venue sacrificielle, salvatrice, d’un grand esprit dans notre monde terrestre limité par l’espace et le temps. Une tradition en Inde dit que dans le mot « guru », gu– signifie obscurité et –ru lumière : grâce au guru, on naît des ténèbres à la lumière.
Pour les soufis, branche mystique de l’islam, Mohammed est le fondateur de leur religion, mais surtout un modèle de toutes les perfections humaines : « Certes vous avez eu en l’Envoyé de Dieu un modèle parfait », dit le Coran (XXXIII, 21). Et par-delà le monde humain, le Prophète représente l’Homme cosmique (al Insân al-Kâmîl) dans sa dimension universelle. En cela on peut trouver une analogie avec l’Adam Kadmon de la kabbale : l’Humain premier tel que Dieu l’a rêvé au départ, et dernier tel qu’il sera réalisé en perfection.
Le disciple, à quelque obédience qu’il appartienne, vénère dans son âme l’image lumineuse de cet être qui lui a donné naissance dans le monde spirituel.
Pensées du Maître Omraam Mikhaël Aïvanhov
«Pour un disciple, rencontrer son Maître, c’est trouver une mère qui accepte de le porter neuf mois dans son sein pour le faire naître au monde spirituel. Et une fois qu’il est né, c’est-à-dire éveillé, ses yeux découvrent la beauté de la création, ses oreilles entendent la parole divine, sa bouche goûte des nourritures célestes, ses pieds le portent dans différents lieux de l’espace pour faire le bien, et ses mains apprennent à créer dans le monde subtil de l’âme. »
Izvor n° 207, chap. I
« Dans le monde invisible, tous les maîtres spirituels forment une grande fraternité, ils travaillent tous en parfait accord. Chacun est heureux que vous aimiez et admiriez d’autres maîtres qu’eux, la jalousie leur est totalement étrangère. Quand j’étais en Inde, il m’est arrivé de montrer la photo de Peter Deunov à des sadhus, à des yogis ; ils la prenaient avec respect et la plaçaient contre leur front. Jusque-là, je n’avais jamais vu personne faire ce geste ! Je leur disais : « Vous êtes mes amis, mais lui est mon Maître », je l’ai dit aussi à Babadji ; tous ont compris parce qu’on sait, en Inde, ce que c’est que d’avoir un maître : on le garde pour toute la vie. Rester fidèle à son maître ne signifie pas qu’on refuse d’en rencontrer d’autres et de s’instruire auprès d’eux. Mais même s’il communie avec leur esprit, le disciple reste lié à son maître, il le garde précieusement en lui comme une lampe allumée. »
Éléments d’autobiographie 2, chap. VII
« Depuis l’instant où j’avais mis mon Maître dans ma tête, dans mon cœur, ç’a été fini, je n’en ai plus cherché d’autre. Même si j’ai éprouvé du respect, de l’admiration pour d’autres maîtres, jamais, jamais ils n’ont pris en moi la place de mon Maître. Je sentais que je lui devais sincérité, respect, dévouement, amour. Je l’ai placé au-dessus de tous les êtres, hommes ou femmes, que j’ai rencontrés par la suite sur mon chemin, et c’est cela qui m’a permis de résister à toutes les tentations auxquelles je pouvais être exposé. »
Éléments d’autobiographie 2, chap. VII
« Et je sais qu’il a aussi existé de grands êtres qui n’ont pas même laissé une trace de leur passage sur la terre. Loin du bruit et des regards, ils ont fait par la pensée un immense travail dans des régions spirituelles où la plupart des humains n’ont pas accès. Nous leur devons énormément, car c’est grâce à ce travail, poursuivi patiemment dans le silence et le secret, que l’humanité continue à progresser. J’admire ces êtres et je leur donne une grande place dans mon cœur et dans mon âme. »
Roch Hachana (littéralement « la tête de l’année ») est traditionnellement une fête de Nouvel an dans le calendrier hébreu. Elle est célébrée les deux premiers jours de tichri, le premier mois de l’année. Ces jours de nouvelle lune se situent, selon les années, en septembre ou en octobre du calendrier grégorien. On se souhaite « chana tova ! bonne année », et entre autres mets on partage des pommes trempées dans du miel, afin que l’année soit douce.
À côté de ces coutumes, Roch Hachana instaure une étape où l’on commence à examiner ses comportements pendant l’année écoulée, et comme une occasion de revenir vers Dieu avec une nouvelle ferveur. Ces deux journées inaugurent une période de dix jours de pénitence (techouva) qui conduisent jusqu’à la veille au soir du Yom Kippour, le Grand Pardon. Pendant cette période, on revoit sa conduite, on se repent de ses fautes, on tâche de résoudre les conflits, les disputes avec autrui, et on multiplie les bonnes actions. Il est dit que les péchés envers Dieu seront absous ce jour-là, mais pas les péchés envers le prochain, à moins que l’offensé ne veuille bien pardonner.
La tradition rabbinique demande aux fidèles, en ce « jour de la sonnerie » ou « fête des trompettes », d’aller écouter lectures et prières à la synagogue, ainsi que plusieurs sonneries rituelles du chofar, une trompe taillée dans une corne de bélier, laquelle émet sur différents rythmes plusieurs sons plaintifs ou sanglots. Cet instrument très particulier commémore l’épisode biblique du sacrifice demandé à Abraham, lorsqu’au moment ultime l’ange de Yahvé permit au vénérable père d’immoler un bélier à la place de son fils Isaac. Ce jour invite à une profonde méditation sur l’apparence et la réalité du sacrifice : douleur et transfiguration de soi.
L’épreuve d’Abraham
Omraam Mikhaël Aïvanhov, « La Bible, miroir de la création », t. 1, VII
« Abraham chérissait Isaac, ce fils qu’il avait attendu si longtemps. Mais un jour Dieu lui dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, va-t-en au pays de Morija et là offre-le en holocauste sur une des montagnes que je te dirai. Abraham ne protesta pas, il partit avec son fils et deux serviteurs. Lorsqu’ils furent arrivés sur la montagne, au moment où Abraham levait son couteau pour égorger Isaac, un ange envoyé par Dieu arrêta son bras. Levant les yeux, il vit « un bélier retenu dans un buisson par les cornes » et c’est cet animal qu’il put immoler à la place de son fils. Cet épisode a troublé et révolté beaucoup de personnes, même des croyants, parce qu’ils n’en ont pas compris la signification symbolique. Même si, à la fin, Dieu épargne à Abraham cette épreuve, demander à un père d’immoler son fils de ses propres mains paraît évidemment monstrueux. Il n’est dit nulle part ce qu’a ressenti Abraham. Il obéit, c’est tout, comme s’il avait conscience que Dieu a le droit de lui reprendre ce qu’Il lui a donné. Dieu voulait seulement éprouver la fidélité d’Abraham. Vous vous demandez s’Il n’était pas assez clairvoyant pour connaître le cœur d’Abraham sans avoir besoin de lui faire subir une telle épreuve… Bien sûr, Il savait tout, mais Abraham, lui, ne savait pas si c’était l’amour pour Dieu ou l’amour pour son fils qui serait le plus fort, et il fallait qu’il le sache. De même, toutes les épreuves que Dieu nous envoie nous servent à nous connaître. C’est nous qui ne savons jamais bien qui nous sommes et de quoi nous sommescapables. »
Se renouveler, humble tâche
« Comment la nouvelle année peut-elle être vraiment nouvelle si les humains qui l’accueillent continuent à stagner dans les mêmes pensées, les mêmes sentiments, les mêmes habitudes souvent déplorables ? La nouvelle année est comme une eau fraîche et pure, et si on veut qu’elle garde sa fraîcheur et sa pureté, on doit se préoccuper des récipients dans lesquels on va la recevoir. N’est-ce pas ce que l’on fait chaque jour dans sa cuisine ? Quand on veut verser de l’eau propre dans une casserole, si cette casserole est sale, on la nettoie : eh bien, quand il s’agit de recevoir, dans ces récipients que sont notre âme, notre tête, notre cœur, les eaux pures de la nouvelle année, nous devons appliquer les mêmes règles que dans notre cuisine : entreprendre tout un travail de nettoyage intérieur. »
Pensées Quotidiennes 2006, 1er janvier
Comment savoir ce qui est pur et ce qui est impur ?
« … C’est très facile. Les pensées et les sentiments qui sont personnels et égoïstes ne peuvent pas être purs, parce qu’ils sont imprégnés des éléments du monde souterrain (symboliquement). Tous les sentiments et les pensées qui ne servent que notre intérêt, notre bonheur, notre enrichissement, notre renforcement sans apporter quelque chose d’utile et de bon pour le monde entier, sont impurs. Il est donc facile de les classer : la convoitise, la jalousie, la colère, la sensualité, etc. apportent des impuretés. Tandis que les autres sentiments qui nous poussent à faire quelque chose de bon, d’utile et d’agréable pour les autres : l’abnégation, le désintéressement, le sacrifice, la patience, la générosité, la douceur, l’amour, le désir de se fondre dans la Divinité pour apporter la lumière dans le monde, tous ces sentiments apportent la pureté. »
Œuvres Complètes, tome VII, chap. Le triage
Se reconstruire soi-même
« Je vous ai souvent expliqué comment vous pouvez imprimer en vous de nouveaux clichés, afin que toutes ces faiblesses, ces vices, ces habitudes déplorables contractées dans le passé cessent de se répéter… Au lieu de s’arrêter sur les défauts, les déformations qui sont le résultat d’un travail de destruction passé, il vaut mieux s’arrêter sur ce qu’il y a à faire dans l’avenir. Désormais, vous allez vous dire : « Maintenant je vais tout réparer, tout reconstruire ». Et chaque jour avec une ténacité, une foi inébranlable, une conviction absolue, vous allez travailler dans ce sens : c’est-à-dire prendre tous les éléments que Dieu vous a donnés, l’imagination, la pensée, le sentiment, la volonté, et vous concentrer souvent, très souvent, pour projeter en vous-même les plus belles images… vous voir dans la lumière, vous voir dans le soleil, dans la perfection des formes… avec des qualités, des dons, des vertus : la bonté, la générosité, la possibilité de soutenir les autres, de les aider, de les éclairer. Puisque tout s’enregistre, il faut enregistrer ce qui existe de plus parfait. Vous verrez, si vous commencez ce travail, vous serez tellement pris, il vous inspirera tellement que vous y trouverez une source de joie inépuisable, car vous construirez en vous-même le temple de Dieu. Je ne connais pas de travail supérieur à celui-là. »
O. C., tome XII Les lois de la morale cosmique, chap. XVII
Un but lumineux
« Vous sentez cette harmonie que nous créons tous ensemble par nos chants ?… Demain, commence une année nouvelle, et ce soir on peut dire que nous avons chanté pour l’année qui s’en va. Elle est très contente, parce que nous accompagnons son départ avec beaucoup d’amour.
Quant à l’année nouvelle, ce soir déjà nous pouvons commencer à la préparer consciemment, en nous fixant un but : une qualité à développer, une mauvaise habitude à combattre, un projet à réaliser pour la gloire de Dieu. Par cette pensée, ce désir, c’est comme si vous posiez une première pierre, et alors tous les esprits lumineux de la nature vous apporteront leur aide, afin que vous puissiez construire votre projet divin.
Voilà ce que doivent être vos préoccupations en cette fin d’année. Malheureusement, on ne voit pas beaucoup de gens avoir ces préoccupations-là, la plupart se préparent à faire des excès de toutes sortes. Comment s’étonner ensuite si l’année se déroule mal pour eux ? Alors, vous qui êtes des disciples de l’École divine, efforcez-vous de recevoir l’année nouvelle en vous mettant sous le signe de la lumière. »
Dans les montagnes de Rila en Bulgarie, le Maître Peter Deunov avait fait spécialement aménager une source qui jaillissait d’un gros bloc de granit, taillé par la suite en forme de proue. L’eau s’écoulait d’abord sur un lit de pierres blanches, puis entre deux mains jointes sculptées dans du quartz. Sur un des flancs du rocher est gravée une ancre marine peinte en bleu. Cette ancre et cette eau qui coule sont les symboles de notre Fraternité, deux figures, deux représentations d’un même idéal spirituel : l’eau qui coule c’est l’amour, la vie divine illimitée, et l’ancre, stable et fiable, protège cette vie sacrée des moindres dérives.
L’ancre
L’ancre nous fait d’emblée penser au monde marin et aux bateaux. Sa fonction est de relier le navire au fond marin lorsqu’il est en rade ou au port : elle lui donne la stabilité nécessaire et sécurise ceux qui sont à bord. Bien sûr, c’est dans la tempête que l’ancre se révèle puissante, indispensable pour ne pas être emportés par le courant ou dériver au gré des vents. L’être humain, à l’image d’un navire, peut être lui aussi emporté par les fluctuations de la vie, partir à la dérive ou s’égarer s’il n’est pas solidement retenu à une ancre, c’est-à-dire à un principe divin inchangeable – la corde symbolisant le lien entre la matière et l’esprit divin. Sur un plan de conscience spirituel, l’ancre est le symbole de l’espérance. Dans le christianisme des premiers siècles, Saint Paul disait dans l’Épître aux Hébreux : “Cette espérance, nous la garderons comme une ancre de notre âme, sûre et solide.” (6, 19)
Sur quoi fonder notre espérance ? Sur la certitude que l’avenir peut toujours être meilleur, même si le présent n’est pas fameux. Dans les desseins du Créateur, ce sont toujours les puissances de la vie et du bien qui finiront un jour par triompher. Mais en attendant des jours meilleurs, il nous faut tenir bon, avoir la foi, entretenir la vie en nous, et c’est grâce à l’amour que nous entretenons la vie. Sinon, l’espérance sera une fuite devant la réalité, et un jour elle nous abandonnera. L’espérance est l’union forte de notre âme avec le Créateur, elle attire la paix, elle est de la couleur bleue du ciel, de l’harmonie et de la vérité. Cette paix profonde qui nous envahit devient le silence, tout nous apparaît plus clairement, le Ciel se reflète dans notre âme comme sur la surface immobile d’un lac, nous contemplons la vérité ; cette vérité est que Dieu a créé l’homme à son image, et que cette image contient en puissance toutes les richesses, toutes les victoires et toutes les joies.
L’eau
L’eau est le symbole de la vie, l’eau qui coule d’une source est l’image du renouvellement perpétuel de la vie. Ce jaillissement ininterrompu de l’eau permet à la source de rester toujours limpide, toujours vivante, toujours pure ; même si on y jette quelques saletés, le courant les emporte. L’eau est parmi les quatre éléments celui qui se mêle le plus intimement à notre organisme. Aussi, lorsque nous la touchons ou la buvons, la première condition est de l’approcher avec respect, avec considération et amour. Les entités belles et pures qui vivent en elle nous mettront alors en communication avec les éléments qu’elle contient, avec les forces de l’univers. En chacun de nous coule aussi une source, elle nous apprend qu’il existe une seule véritable méthode pour créer et entretenir la vie : donner (comme les deux mains jointes) ce que nous avons de meilleur dans notre cœur et dans notre âme. Laisser couler l’eau, cela signifie aussi ne jamais cesser d’aimer. Quoi qu’il nous arrive, ne fermons jamais notre cœur, car c’est le désert que nous laisserions s’installer en nous. Au contraire, rester reliés à la Source de la vie, à la lumière et à l’amour, c’est être infiniment soutenus, inspirés et nourris. Dans la vie spirituelle, l’image de la source et de l’eau qui coule est un modèle et un enseignement. Le Maître Omraam Mikhaël Aïvanhov dit que le lit de la rivière, le chemin par lequel s’écoule l’eau et qui nous permet de remonter à la Source, c’est la sagesse. La vie, c’est-à-dire l’eau qui arrose les pierres, les plantes, qui abreuve les animaux et les hommes, c’est l’amour. Et la Source d’où jaillit la vie, c’est la vérité. L’image de l’ancre nous invite à développer la stabilité, l’attache ferme et solide de notre vie spirituelle à la terre. Être stable, c’est être fidèle à ses engagements intérieurs et, quoi qu’il arrive, marcher sur le chemin de la lumière.
Le cercle
Le cercle est l’image du soleil, symbole de l’unité, de l’harmonie, d’un nouvel Age d’Or pour l’humanité, une fraternité universelle.
Sur ce rocher de la Source de Rila, on trouve l’inscription bulgare suivante, donnée par le MaîtreBeinsa Douno (Peter Deunov) :
ce qui signifie :
Frères et sœurs, pères et mères, Amis et étrangers, Enseignants et étudiants, Vous, serviteurs de la vie, Ouvrez votre cœur au bien, Soyez pareils à cette source !
Est-ce que nous comprenons ce que disent les ruisseaux qui coulent, les sources qui jaillissent, la pluie qui tombe, le grondement des torrents, le mouvement ininterrompu des océans et des mers, le souffle du vent, le bruissement des feuillages, le crissement des insectes, le chant des oiseaux ?… Non, mais nous sommes fascinés, sous le charme, et c’est cela l’essentiel.
« La musique n’est pas faite pour être comprise, mais pour être sentie. Même lorsqu’elle s’accompagne de paroles, c’est quand même ce que l’on ressent qui est le plus important. Bien sûr, si les deux – la compréhension et la sensation – marchent ensemble, c’est encore mieux, mais c’est la sensation qui compte le plus. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov, Pensées Quotidiennes 2021, 22 juin
Dès l’origine, cette musique de la nature a éveillé et entretenu le sentiment musical chez l’être humain, elle l’a incité à s’exprimer lui-même par un instrument ou par le chant, à évoquer les moments importants de sa vie, à dire son amour, ses joies, ses peines.
Que les sons proviennent de la nature, des instruments ou des voix, ils ont un pouvoir immense sur nos corps psychiques et spirituels grâce à l’intensité des vibrations qu’ils produisent, et selon leur nature, ils déclenchent des impulsions dont nous pouvons apprendre à nous servir.
La musique crée une atmosphère, une ambiance, et au lieu de l’écouter simplement pour le plaisir ou pour passer le temps, il nous est possible de l’utiliser pour faire un travail conscient et précieux. Tout dépend alors du choix et de l’utilisation que nous faisons : dans certaines musiques il y a de la décision, ou une force dynamique qui nous pousse à aller de l’avant, d’autres nous apaisent, nous endorment, ou bien nous excitent, nous irritent. Lorsqu’elle est mystique et profonde, la musique nous emporte et souffle sur nos voiles un vent qui fait avancer notre barque vers les rivages du monde supérieur. Elle est un stimulant pour notre travail spirituel, elle peut nous encourager, nous purifier, nous ennoblir, nous aider à résoudre un problème, nous donner l’élan pour atteindre un idéal lointain. Dans les régions lumineuses où elle nous transporte, elle donne à la volonté le pouvoir de nous affranchir des liens terrestres et de créer, donner corps à nos aspirations les plus belles et les plus sublimes.
C’est par la musique et des chants de louange au Créateur que nous traduisons nos aspirations mystiques ; aussi loin que nous remontons dans l’histoire de l’humanité, la musique et le chant ont accompagné les cérémonies sacrées. Cette musique éveille dans notre âme le souvenir d’un héritage céleste, la nostalgie d’un paradis perdu.
L’univers lui-même est musique, il est construit et régi par les lois de l’harmonie. La musique est le langage de la création, ce langage retentit à travers le cosmos, il manifeste la sagesse, l’amour et la beauté du Créateur. Chaque créature a une note déterminée, un son, une voix, pour qu’elle puisse former avec toutes les autres une symphonie dans l’univers. Un jour, quand la conscience supérieure s’éveillera en nous, quand nous développerons des possibilités de perceptions plus subtiles, lorsque nous aurons harmonisé tout notre être et toutes nos cellules, nous commencerons à entendre la symphonie grandiose qui retentit à travers les espaces.
La destinée humaine est régie par des lois rigoureuses, mathématiques : de même que le présent est une conséquence du passé, l’avenir est un prolongement du présent. L’avenir s’édifiera sur les fondations que nous posons aujourd’hui dans notre présent, tous les germes sont là pour construire notre vie future le mieux possible. Passé, présent, avenir, tout se tient. Le passé nous échappe et nous ne tenons pas encore l’avenir. Seul le présent nous appartient, il est entre nos mains comme une matière première à modeler. Nous avons une heure, une journée… cette heure, cette journée nous appartient, nous avons le pouvoir de la vivre dans la clarté, avec les énergies de la lumière et de la joie.
On peut donc définir le présent comme l’occasion de remédier aux erreurs du passé : par nos pensées, nos sentiments, nos désirs, nous avons inévitablement déclenché dans l’univers des forces et des puissances déterminant les qualités, les faiblesses et les événements de notre existence actuelle. Cette action qui entre dans la loi de causes et de conséquences est contenue dans le mot “karma”, soit l’ensemble de nos actes quotidiens. Le mot “dharma” quant à lui est l’ensemble de nos gestes et de nos paroles inspirés par la bonté, la pureté et le désintéressement qui entreront harmonieusement dans l’ordre cosmique, ne nous attirant que des bénédictions.
Dans ces conditions, il est souhaitable de ne pas ruminer les regrets du passé, ni de revenir sur les opportunités que nous n’avons pas su saisir ou sur les événements qui ne se sont pas produits. Occupons-nous plutôt de développer notre pouvoir de choisir maintenant ce que nous anticipons pour notre avenir, d’apprendre la sagesse de nos mésaventures et de comprendre la profondeur de l’amour. Sans remettre à plus tard ce travail intérieur, au risque de stagner dans un éternel passé.
De la même façon que nous faisons tous les jours des choix qui détermineront notre avenir, nousvivons et expérimentons aujourd’hui les choix que nous avons faits autrefois. C’est pour cette raison qu’il est préférable d’accepter ce qui nous arrive quotidiennement, en comprenant que nous en sommes les auteurs, et que la situation ou l’événement qui s’offre à nous peut être un tremplin pour nous élever spirituellement. La vie ne serait pas un cadeau s’il n’y avait pas une liberté de choix ! Alors surmontons nos difficultés, grandissons avec nos découvertes intérieures, semons les meilleures graines pour la vie de demain.
Si nous aimons tout ce qui est grand, juste et beau, si nous travaillons pour atteindre et réaliser en nous-mêmes l’ordre et l’harmonie qui existent dans les plans supérieurs, notre avenir est déjà tracé. Nous vivrons un jour dans les conditions qui correspondent à notre idéal. Tout le reste est secondaire, car cela peut nous être donné et repris. Quand nous quitterons la terre, il ne nous restera véritablement que ce que nous avons fait pour répondre aux aspirations de notre âme et de notre esprit : servir ces grandes idées, réclamer la paix et l’abondance pour le monde entier, attirer un avenir lumineux sur toute la terre.
« La Pâque » est à l’origine une fête juive, en hébreu « Pessa’h », le passage. Conformément au récit biblique, Pessa’h commémore le départ du peuple d’Israël hors d’Égypte, sa délivrance après un long esclavage, et son passage miraculeux à pied sec à travers les eaux de la Mer Rouge. Cette fête symbolise toutes les libérations, jusqu’à la délivrance ultime de l’âme, qui est le but de toutes les traditions spirituelles (et notamment hindoue). Selon la coutume religieuse juive, la Pâque donnait lieu à l’immolation d’un agneau, que les pèlerins offraient et consommaient rituellement dans le Temple de Jérusalem. C’est en grande partie ce sacrifice de l’agneau qui fait le lien avec la fête de Pâques célébrée dans le monde chrétien.
La fête chrétienne de Pâques commémore le dernier repas (ou la Sainte-Cène) la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Le soir de la Cène, Jésus partage un dernier repas avec ses disciples, et en consacrant le pain et le vin il leur annonce le sacrifice de son corps et de son sang . Le lendemain, par les souffrances consenties de sa passion, il accepte d’être lui-même le doux et humble Agneau immolé pour le pardon des péchés du monde. Puis il est enseveli. Et les Évangiles racontent comment le matin de la Pâque il apparaît à Marie-Madeleine libéré du tombeau, vivant, dans un corps subtil, un corps ressuscité.
Pâques est donc une fête de résurrection, c’est-à-dire de passage de la vie physique à la vie immortelle, ou plutôt d’irruption d’un degré supérieur de vie dans la vie physique. C’est une fête de printemps. Il y a une analogie entre la mystérieuse réapparition de la vie dans les végétaux alors qu’ils semblaient morts, et la mystérieuse immortalité de l’âme. Le Maître Omraam Mikhaël Aïvanhov explique que selon la tradition initiatique, ressusciter ce n’est pas réendosser son habit de chair, en un regain de vitalité physique, mais vivre dans son « corps de gloire ».
Qu’est-ce que le corps de gloire ? C’est notre vrai corps, notre corps de lumière. Comment se forme-t-il, dans quelle matrice ? Tout naturellement, chaque jour, comme un enfant se forme dans le sein aimant de sa mère. Mais c’est un corps à l’état vibratoire : il nous est donné de pouvoir le former en entrant dans certains états psychiques, certaines vibrations élevées. Chacun de nous, au fil de ses élans, ses prières, ses découvertes et ses joies spirituelles, ses émerveillements, est appelé à intensifier, exalter en lui à tout instant les vibrations de ses cellules. Alors la matière de nos corps psychiques entrera en résonance avec la vie et la lumière de l’univers et, en devenant de plus en plus limpide, elle commencera à révéler en transparence la splendeur du Divin.
On pourra lire à ce sujet : Omraam Mikhaël Aïvanhov, O. C., tome IX, chap. 12 « Le corps de la résurrection »
Jésus a dit : « Je suis la résurrection et la vie. » Le fait que Jésus soit ressuscité signifie que nous pouvons, nous aussi, accélérer ce processus de la résurrection qui doit se produire un jour pour toute l’humanité. Mais pour cela il faut travailler sur nos pensées, nos sentiments et nos actes afin de les améliorer. La résurrection a toujours été enseignée dans les temples initiatiques, et beaucoup d’êtres sont déjà ressuscités. Car il n’est pas nécessaire de mourir physiquement pour ressusciter, il n’est pas nécessaire d’être placé d’abord dans la tombe. Ressusciter, cela veut dire ne plus avoir les mêmes faiblesses, les mêmes vices, les mêmes maladies. Pour qu’un être ressuscite, il faut que ses cellules soient d’une pureté parfaite et qu’elles vibrent intensément. Tous ceux qui vivent une vie spirituelle très intense se préparent à ressusciter.
Omraam Mikhaël Aïvanhov, « Noël et Pâques dans la tradition initiatique », p.108
La nature a mis partout des signes, des indices pour nous instruire, pour nous apprendre comment la résurrection peut se produire en nous. Quand vous méditez, que faites-vous ? Vous êtes comme une chrysalide enfermée dans son cocon, en train de préparer sa métamorphose. Si vous n’êtes pas encore devenu un papillon, c’est que votre travail n’est pas suffisant : vous êtes retourné à vos affaires et vous êtes resté comme la chenille qui se traîne et mange des feuilles…Le jour suivant vous vous renfermez dans votre cocon, vous tissez quelques fils spirituels, mais de nouveau vous interrompez le travail… le lendemain vous le reprenez… et ainsi de suite jusqu’au jour où enfin, vous sortirez du cocon semblable à un papillon ! A ce moment-là, vous n’aurez plus besoin de détruire les feuilles : vous vous nourrirez du nectar des fleurs, c’est-à-dire que vous puiserez dans ce qu’il y a de plus subtil dans le cœur et dans l’âme de toutes les femmes et de tous les hommes sans aller les manger, les abîmer. Car chaque être possède en lui quelque chose de délicieux, un peu de nectar… et si vous pouvez puiser ce nectar, voue êtes heureux, vous volez dans la lumière. […] Le sens de la prière, de la méditation, c’est justement d’apprendre à l’homme à se nourrir d’éléments de nature spirituelle. Ceux qui ne l’ont pas compris et sont attirés exclusivement par les plaisirs, les amusements, les occupations terre à terre, négligent la prière et la méditation, et c’est dommage pour eux car ils interrompent leur travail de transformation, de résurrection. C’est cette lumière qui entre dans l’édification de votre corps de gloire grâce auquel vous ressusciterez un jour.
Omraam Mikhaël Aïvanhov, « Noël et Pâques dans la tradition initiatique », p.112 & 113
La beauté est comparable à la lumière du soleil, elle appartient à un monde sans formes, un monde fait d’effluves, d’émanations, de courants, de forces pures. La beauté ne peut pas s’expliquer, c’est une vie qui jaillit, qui nous éblouit par son rayonnement, comme l’éclat des couleurs qui apparaissent tout à coup lorsque la lumière passe au travers d’un prisme ou d’un diamant… nous pourrions rester des heures en extase devant ces couleurs ! La beauté est une harmonie vivante, elle est le langage de la Nature : elle est vibration, elle chante, elle est musique dans le ruisseau qui coule, dans le souffle du vent, dans le chant des oiseaux, dans le mouvement ininterrompu des océans et des mers.
Seule la beauté spirituelle peut nous sauver des séductions dues à l’apparence extérieure des êtres, car c’est souvent une nature instinctive qui s’éveille en nous, avec les passions, le désordre et les conflits qui s’ensuivent. Cette beauté exerce un tel pouvoir de fascination que l’on est tenté de s’approcher d’elle pour la toucher, la saisir, la posséder. Mais la beauté ne peut pas être possédée, elle est destinée à être contemplée, à nous inspirer, à nous émerveiller par sa présence. La véritable beauté est faite d’innocence, elle est simple et pure, elle imprègne notre aura de bonté et d’harmonie parfaite. Cette beauté qui nous sauve préserve notre joie et notre inspiration, elle se met au service d’un idéal, celui d’élever et de ramener les êtres vers la Source.
« La beauté est une chose vivante dont la source reste cachée au plus profond de l’être, mais qui jaillit et se déverse jusqu’à la surface du corps, inondant la peau, le regard, le sourire et même la voix. Mais seules les pensées lumineuses et les sentiments d’amour désintéressé peuvent créer la beauté. A ce moment-là rien ne peut empêcher le rayonnement à travers vous du parfum des fleurs qui s’ouvrent et des fruits qui mûrissent dans le jardin de votre âme. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov, collection Izvor n° 223
Les artistes inspirés, les grands génies du passé – les peintres, les musiciens, les sculpteurs, les poètes – se recueillaient, méditaient et se liaient aux êtres supérieurs pour leur demander de participer au travail qu’ils allaient faire. Ainsi, grâce à des révélations célestes, ils communiaient avec la véritable beauté, avec la lumière spirituelle et créaient des chefs-d’œuvre. Nous aussi, par la méditation et l’imagination, nous sommes en mesure de nous élever jusqu’à un monde qui nous dépasse, pour ensuite traduire avec nos moyens cet émerveillement dans la matière.
La beauté peut s’exprimer à travers la poésie, mais pas cette poésie qui nous procure quelques petites sensations vagues. La vraie poésie c’est le Verbe, le Verbe qui est à la fois musique, couleur, forme, parfum. Car la vraie poésie ne se limite pas seulement à la littérature, elle est liée à la vie, à la vie que mène le poète : le véritable poète est capable de vivre dans ses pensées, ses sentiments, ses actes, la beauté qu’il exprime dans ses vers, il sait faire vibrer nos cordes les plus spirituelles, raviver le souvenir lointain de notre patrie céleste.
« L’instinct est cette façon toute naturelle, spontanée de réagir, que nous possédons en commun avec l’animal, et on doit reconnaître que dans certaines circonstances il est un bon guide. Quand les humains en étaient encore à un stade très primitif, proche des animaux, c’était même leur seul guide. Mais maintenant que, grâce au développement du cerveau, ils ont atteint un niveau beaucoup plus élevé, ils ont commencé à avoir d’autres guides: la raison, l’intelligence, et ils doivent les suivre. Ainsi, ce qui était bon dans le passé se révèle inadapté dans le présent. Prenons l’exemple de la peur: pour les animaux, la peur est un très bon guide, indispensable même, c’est elle qui les sauve, c’est par elle qu’ils s’instruisent. Mais l’homme, lui, doit au contraire s’efforcer de vaincre la peur. Et le rôle de l’Initiation est de lui en donner les méthodes, jusqu’à ce qu’il apprenne à vaincre la peur de la mort. Comment? Par la connaissance et par l’amour. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov – Pensées quotidiennes 2007, 11 septembre
Nous avons toujours peur de ce que nous ne connaissons pas et que nous ne savons pas utiliser. La peur est un instinct très puissant chez les animaux – la peur du feu en particulier – : elle les rend conscients du danger et les pousse à se protéger. Tout comme les premiers hommes qui ne savaient pas ce qu’étaient les forces de la nature et qui tremblaient devant elles. Cet instinct, si nécessaire à la survie de l’espèce humaine, est donc un très bon guide, il nous demande de commencer par être craintifs, ensuite c’est lui qui nous sauve et nous instruit.
Nous sommes maintenant arrivés à un degré plus avancé de notre évolution technologique, nous travaillons dans les usines sur des machines complexes sans avoir peur puisque nous savons comment elles marchent et comment manipuler tel bouton ou telle vanne. L’élément nouveau qui a remplacé la peur et ses entraves, c’est l’intelligence, facteur de progrès. Au fil du temps, ce que la nature préconise et approuve à un certain moment, elle ne le préconise plus à un autre moment ; nous travaillons de toutes nos forces pour obtenir un résultat, mais ensuite nous devons travailler de toutes nos forces pour nous en débarrasser ! La sagesse est de savoir combien de temps garder nos peurs et quand nous en détacher.
Dans notre article précédent « Les deux natures de l’être humain« , il est question de ces deux natures que nous possédons tous : la personnalité – notre égo – et l’individualité – notre véritable Moi. C’est précisément la personnalité qui est dans la peur, jamais l’individualité. La personnalité a peur parce qu’elle se sent isolée, pauvre et vulnérable, elle s’identifie à ce qui est périssable, à l’illusion de la séparativité.
Il y a beaucoup de peurs que l’être humain n’a pas vaincues : peur de la maladie, de la mort, peur de manquer d’argent, peur de l’opinion publique, peur de l’avenir, peur de sa femme ou de son mari, peur de son patron, etc… Il y a même des peurs plus profondes, irrationnelles, qui provoquent des phobies débilitantes pour un événement qui s’est passé il y a longtemps et pour lequel nous gardons une forte aversion. De telles peurs sont souvent dues à des traumatismes, elles laissent des souvenirs et des traces qui nous empêchent d’accueillir de nouvelles expériences que la vie actuelle nous apporte. Car, avoir peur, c’est donner du pouvoir à ce dont on a peur, c’est lui préparer des conditions pour nous troubler et nous affaiblir.
Quels sont les moyens à notre disposition pour remporter la victoire sur la peur ? Il y en a essentiellement deux : Projeter une lumière, c’est-à-dire affronter la situation avec les vérités nécessaires. Combien d’entre nous sont à la merci de leurs peurs, sans se rendre compte qu’elles leur sont inspirées par un manque de connaissance ? Tout comme nous allumerions une lampe dans une pièce obscure pour voir clair autour de nous, le véritable savoir est en mesure de nous donner la connaissance de la réalité des choses et de nous prévenir des dangers s’il y en a.
Second moyen : l’amour. Si le savoir peut être un remède pour maîtriser la peur, il n’est pas forcément le plus efficace ni le plus durable, parce que la peur est un instinct et que le savoir n’appartient pas au domaine des énergies instinctives. Or, ce n’est pas par la raison, le savoir ou les explications que nous pouvons vaincre et dominer un instinct, mais par une autre énergie de même puissance. Et d’une certaine façon, l’amour est aussi une énergie très puissante, puisqu’il est un élan incontrôlable. Le meilleur remède à la peur, c’est l’amour, c’est son antidote. Si nous aimons, la peur disparaît… Si quelqu’un touche notre cœur, nous oublierons nos peurs et nous nous jetterons dans le feu pour lui, symboliquement parlant.
Tous les dangers et les obstacles devant lesquels l’âme humaine peut être placée se résument en deux mots : obscurité, manque d’amour, et nous devons tout faire pour les vaincre. Il n’y a qu’une peur légitime et bienvenue que nous puissions tolérer en nous, c’est la crainte de troubler l’ordre divin. Les Initiés n’ont qu’une crainte : être une fausse note dans l’harmonie universelle.
Le Maître Omraam Mikhaël Aïvanhov a largement développé et détaillé le sujet sur la pensée, ici nous ne faisons que donner quelques grandes lignes.
La pensée est bien plus qu’une simple faculté intellectuelle qui nous sert à réfléchir, à comprendre, à connaître. Les Initiés nous parlent d’une vibration, d’une force, d’une énergie extrêmement subtile qui travaille dans une région très éloignée du plan physique : le plan mental supérieur ou plan causal. La pensée nous permet seulement de considérer les éléments du travail à exécuter, le problème à résoudre, mais elle ne peut pas toucher directement le plan physique. Elle a besoin d’un intermédiaire qui est le sentiment, c’est-à-dire le goût, l’intérêt, l’amour pour la tâche à accomplir dans la matière. Ensuite intervient la volonté : nous décidons de nous mettre au travail pour réaliser cette tâche, ce projet, sans l’abandonner en cours de route. Observons par exemple ce qui se passe lorsque nous voulons prendre un objet : qui est-ce qui agit en premier ? C’est notre pensée, c’est elle qui conçoit cette idée. Ensuite, renforcée par le désir, elle pousse notre volonté à réaliser cette idée en utilisant notre bras, dernier intermédiaire. À l’inverse, si nous n’avons aucune pensée, aucun désir devant cet objet, notre bras restera inactif. C’est dans ce sens que les Sages nous parlent de la puissance de la pensée.
Pour expérimenter cette force spirituelle, des exercices seront nécessaires : nous dégager des préoccupations ordinaires qui viennent nous distraire… introduire en nous un rythme, une paix, une lumière. Au moment où nous sommes parvenus à maîtriser et à concentrer notre pensée, nous pouvons l’orienter dans la direction et le sujet que nous souhaitons : une image, une vertu, la santé, la beauté, l’harmonie, etc… Elle peut alors commencer son travail, c’est-à-dire ordonner, organiser, harmoniser les éléments, les courants en nous et autour de nous, aller chercher des matériaux dont elle a besoin pour leur réalisation. Souvent, ce qui nous empêche de comprendre les effets de nos pensées et de nos sentiments, c’est que ces effets ne sont pas immédiats. Il nous arrive même de douter, de ne plus croire en eux parce que nous ne voyons pas de résultat. Si nous nous donnons la peine d’observer et de vérifier comment la nature procède, nous saurons que tout finit par se réaliser et se condenser, à l’exemple des cristaux de sel marin qui apparaissent dans les salines sous l’effet de la chaleur.
Le monde de la pensée nous met en contact avec les forces subtiles du monde invisible. C’est dans la pensée que les choses se créent, c’est dans le monde spirituel que nous sommes véritablement créateurs. Nous avons donc à notre disposition un outil puissant pour nous transformer, modifier et façonner nos impulsions intérieures grâce à notre volonté, notre pensée, notre esprit. Pour nous aider, la concentration, la méditation sont des exercices qui nous mènent à la maîtrise et à la connaissance de soi, au développement des qualités et vertus déposées en nous, telles des graines divines prêtes à germer. La prière est aussi une création. Lorsque nous arrivons à créer en nous le silence et la paix pour prier, nous nous retirons dans notre chambre secrète qui est en réalité un état de conscience supérieur jusqu’où nous avons réussi à nous élever. Nous attirons alors des éléments des régions célestes, nous établissons un lien avec l’Être le plus sublime qui est l’immensité, l’infini, pour nous imprégner de son amour, de sa lumière, de sa force et vivre un moment dans son éternité. Par la prière nous ramenons, ici dans ce monde où nous vivons, des particules puissantes et lumineuses qui viendront tout purifier, éclairer, guérir en nous et, même à notre insu, influencer tous ceux qui nous entourent.
La personnalité est la tendance égocentrique qui entraîne toujours notre conscience vers l’illusion de la séparativité :
« L’effet le plus pernicieux de la personnalité, c’est qu’elle entraîne les humains dans la voie de la séparativité : elle les arrache à la Source divine qui est pour tous le véritable Moi, pour les faire vivre en une multitude de petits moi séparés, avec des désirs différents, des sentiments différents, des tendances différentes. Ce n’est donc pas le monde, comme le croient certains, qui est une illusion (la “maya” des hindous), mais notre personnalité, parce qu’elle nous pousse toujours à nous considérer comme des êtres séparés des autres et séparés de l’univers. Le monde est une réalité, la matière aussi est une réalité. L’illusion, c’est de nous croire séparés de cet Être unique qui est partout, mais que nous ne pouvons ni sentir ni comprendre parce que notre personnalité nous en empêche. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov, Izvor 213, ch. III
L’individualité, au contraire, nous guide vers « la vraie réalité », qui est unité :
« L’être humain qui s’identifie à sa nature divine change peu à peu toute sa vie, il cesse de se diriger d’après ses illusions, il prend une nouvelle orientation qui correspond aux projets de la divinité, il connaît la vraie réalité, à savoir qu’il n’existe pas une multitude d’êtres séparés, mais un seul Être qui anime et se manifeste à travers tous les êtres. Ceux qui ont compris cette vérité ne peuvent plus se diviser ni se faire la guerre : pour eux, le monde entier est un être collectif. »
Izvor 213, ch. V
La vie individuelle doit préparer les conditions pour la vie collective, la vie cosmique, universelle. Une fois que nous nous sommes harmonieusement développé, nous entrons comme membre de la collectivité pour la faire bénéficier de nos dons. Et nous ne perdrons rien de nos acquisitions, au contraire, c’est à ce moment-là que nous deviendrons réellement puissant. Jamais le monde ne se transformera tant que chacun se contentera de se développer et de s’enrichir dans son coin. Nous devons tous nous unir dans le but unique de créer une formidable puissance spirituelle pour réaliser la paix et le bonheur de tous les êtres sur la terre.
L’accès à notre Moi supérieur n’est possible que si nous changeons de plan de conscience. La réalité que nous percevons grâce à nos organes des sens physiques (le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue) n’est pas celle que nous percevons grâce à nos organes des sens spirituels : l’aura, le plexus solaire, le centre Hara, les chakras. Ce sont deux mondes différents dont la connaissance nécessite des « instruments » différents que nous devons apprendre à utiliser. Il a été dit : « Connais-toi toi-même ». Or la véritable connaissance de soi, c’est de se connaître en haut, afin de sentir qui on est en réalité : une parcelle de la Divinité.
Pour trouver un équilibre dans notre vie, nous devons idéalement redonner à l’esprit et à la matière leur place respective : accepter la matière, mais la rendre soumise et obéissante à l’esprit. La matière c’est le corps physique, le monde des possessions, des affaires, et puisque ce monde a été créé, c’est qu’il est nécessaire en vue d’un certain travail. Seul cet équilibre pourra nous redonner la santé, la beauté, la force, le bonheur, à condition de donner la priorité à l’esprit plutôt qu’à la matière. Celle-ci est dominée par notre nature instinctive qui n’est pas facile à maîtriser, et si nous essayons de lutter seul contre elle, c’est toujours elle qui aura la victoire. Sa vertu essentielle est d’avoir assuré la survie et le développement de l’espèce humaine depuis l’aube des temps ; elle a dû développer tellement d’énergies pour survivre qu’elle ne s’incline maintenant que devant le monde divin.
Chaque fois que nous refusons de nous laisser influencer par notre nature instinctive et personnelle, nous alimentons en nous le feu de l’esprit, nous devenons plus vivant, et cette vie finit même par apparaître comme une lumière sur notre visage. La « personnalité » n’est pas une réalité éternelle, elle est seulement un reflet fugitif de notre vrai Moi, dont le facteur le plus puissant de la formation est l’esprit. L’esprit cherche toujours à influencer la personnalité dans le bon sens, il lui conseille d’être plus raisonnable, plus sage, et parfois il lui adresse aussi des reproches. Sans doute cette voix s’exprime-t-elle plus rarement et plus doucement, mais elle est là, on ne peut pas le nier.
Si nous écoutons cette voix, nous nous lançons dans un travail formidable de transformation, jusqu’au jour où les deux natures fusionneront en une seule entité parfaite. En attendant, notre vie est une alternance d’intuitions lumineuses, et de nuages qui viennent obscurcir notre ciel intérieur et nous limiter, puis de nouvelles éclaircies et de nouveaux éblouissements…
Le Maître Omraam Mikhaël Aïvanhov utilise par convention les termes « personnalité » pour désigner l’une des deux natures, « individualité » pour désigner l’autre.
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La science des Initiés mentionne deux tendances, deux natures chez l’être humain : une nature instinctive issue de vieilles influences héritées d’un passé très lointain, attachée à la matière, à la vie physique, à la dualité et à ses innombrables facettes – notre égo, notre petit moi ; et une nature spirituelle à la recherche du monde de l’unité, du principe immortel – l’esprit, notre véritable Moi.
La vie physique est basée sur les cinq sens : la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher ; et nous cherchons à profiter le plus possible des sensations que peuvent nous procurer nos yeux, nos oreilles, notre peau, etc… Pourtant, quelle que soit l’évolution de ces sens, ils resteront toujours limités parce qu’ils appartiennent au plan matériel, tangible et concret. Nous nous imaginons que toute la vie est là, mais c’est une vie qui cache la vraie vie, la véritable compréhension, la véritable intuition. La vraie vie est en nous-même, avec ce qui est le plus subtil, avec ses trésors, ses richesses et toutes les sensations d’une autre qualité.
Ces deux natures ont les mêmes facultés de penser, de sentir et d’agir, mais dans deux directions opposées.
La personnalité est combative, tenace, elle a permis à l’être humain de résister aux agressions, aux obstacles rencontrés sur son chemin depuis des millénaires. C’est pourquoi maintenant il est si difficile de la dompter, elle est toujours là pour que l’on fasse attention à elle, c’est une travailleuse infatigable, prête à manifester ses besoins de domination, assouvir ses convoitises et satisfaire ses ambitions.
L’individualité est d’essence surnaturelle, elle habite les régions sublimes où elle jouit de la plus grande liberté, de la plus grande lumière, elle est dans le bonheur et dans la paix, elle possède tous les pouvoirs. Ces deux natures coexistent en nous tous, les deux cherchent également à se faire entendre, et c’est à nous d’apprendre à discerner leur voix.
La tendance qui caractérise la personnalité c’est de prendre, de garder pour elle ; alors que la qualité fondamentale de l’individualité c’est de donner : elle veut éclairer, jaillir, rayonner avec générosité et abnégation comme fait le soleil. Elle ne pense qu’à aider, soutenir, projeter quelque chose d’elle-même, elle cherche à connaître les projets du Ciel pour pouvoir les réaliser.
Tous les êtres sont vivants, toute la nature est vivante, partout il y a la vie, et pourtant sait-on vraiment ce qu’est la vie? Lorsque nous nous trouvons dans les difficultés, les insuccès, les accidents, les maladies, nous nous exclamons : «Que voulez-vous ? c’est la vie !». Nous comprenons la vie comme quelque chose d’extérieur à nous et que nous devons subir. C’est vrai, beaucoup d’entre nous sommes dans des situations difficiles, nous avons des contraintes, des limites, des séparations, des doutes, des émotions à gérer et des obstacles à surmonter.
La vie quotidienne est le creuset de nos expériences, le socle sur lequel nous pouvons construire nos projets, réaliser nos aspirations personnelles, ou spirituelles. Si nous nous décidons à suivre la voie spirituelle, il nous faudra apprendre à purifier notre vie, à la préserver, l’éclairer, l’illuminer par une bonne attitude intérieure et un bon comportement extérieur ; elle deviendra la source de toutes les richesses et le foyer de notre bonne santé. Mais combien en ont fait l’expérience ? Souvent nous épuisons notre vie ou la négligeons, au point qu’elle n’est plus capable de remédier à la plus petite indisposition. Pourtant, seule la vie est réellement puissante, c’est elle que nous devons protéger, c’est elle qui est capable de renforcer les systèmes de défense en nous, notre système immunitaire. Chaque pensée, chaque sentiment, chaque acte est important, car l’existence est un ensemble dont tous les éléments ont des liaisons secrètes les uns avec les autres, aucun n’est isolé.
S’il est tellement important de parler de la vie en évoquant la santé, c’est que l’être humain n’est pas un objet mécanique ni un corps physique uniquement. L’ésotérisme occidental et certaines traditions religieuses orientales évoquent l’existence de corps subtils ou corps psychiques, non perceptibles par les organes sensoriels humains : éthérique, astral, mental, et les corps spirituels : causal, bouddhique, atmique, reliés harmonieusement et intimement les uns aux autres, chacun possédant son intelligence, ses forces, sa vie propre. Connaître l’être humain, savoir comment il est construit, nous donne accès à une vision plus large de la médecine, ainsi qu’à d’autres formes de guérison, à des soins situés dans d’autres plans, d’autres régions. L’attention que nous apportons à notre façon de vivre, de penser, de sentir, d’agir, d’aimer, de remercier, et même de prier, de méditer est donc essentielle pour notre équilibre général.
« Si tu n’espères pas, tu ne trouveras pas l’inespéré, qui est introuvable et inaccessible. (Ean mê elpêtaï anelpiston ouk exeurêseis…) »
À quel naïf, à quel enfant rêveur, à quel merveilleux jeune homme Héraclite s’adresse-t-il ici, à quel utopiste ? Il a l’air de trouver naturelle la recherche de l’inespéré, de l’introuvable, de l’inaccessible. Il semble admettre tout uniment que l’on se soit fixé un but impossible. Et comme condition sine qua non de la réussite, il propose, ou plutôt il impose d’espérer.
Espoir ou espérance ? Plutôt espérance. Car l’espoir est un souhait, un désir toujours un peu intéressé pour le futur proche, alors que l’espérance est une aspiration plus impersonnelle, elle regarde plus loin dans l’avenir, et parfois même elle est universelle.
C’est paradoxal : avec deux négations et trois mots négatifs, Héraclite affirme la puissance positive de l’espérance. L’héroïsme s’accorde bien avec ce langage exalté du paradoxe : ton âme demande l’inespéré ? alors espère ! Même si tu dois frôler les frontières du désespoir, garde l’espérance !
Toute pensée paradoxale est une pensée de la complexité, mais pour conquérir finalement une unité. Héraclite utilise souvent le paradoxe dans ses aphorismes : « Le chemin qui monte et le chemin qui descend sont un seul et même chemin ». « Tout point sur un cercle est à la fois une fin et un commencement ». Les opposés se résorbent en identité.
La vraie sagesse ose confronter les opposés, elle crée des liens d’étincelles entre eux. Elle les concilie et les réconcilie jusqu’à ce qu’ils puissent s’unir. Une tradition dit qu’Héraclite avait étudié dans les temples ou les mystères antiques. On peut penser qu’il y avait acquis le droit d’exercer un certain magistère.
L’enseignement initiatique d’Omraam Mikhaël Aïvanhov propose aujourd’hui aux disciples le même paradoxe ardent :
…nous devons chercher l’introuvable, poursuivre l’inaccessible, tenter l’irréalisable : c’est ainsi que nous resterons toujours en haleine et vivants. (1)
Et ne me demandez pas de vous présenter un idéal facilement réalisable,parce qu’un idéal facilement réalisable n’est pas vraiment un idéal. Je vous présenterai toujours les buts les plus lointains, impossibles à atteindre, car c’est là que règne la vérité, c’est là que règne la beauté. (1)
Vous pensez : « Mais pourquoi tendre vers quelque chose d’impossible, d’inaccessible ? C’est dans la réalisation que réside le sens de la vie. » Non, justement pas. Le sens de la vie se trouve dans la recherche de ce qui est éternellement irréalisable, inaccessible. (1)
Car pour le Maître Omraam, il s’agit toujours du sens de la vie, d’une plénitude de vie. Et c’est le sel ou le feu de l’esprit qui donne le goût de vivre, la saveur et la ferveur de vivre.
(1) Omraam Mikhaël Aïvanhov, Éléments d’autobiographie 1, chap. XIX : « Seul ce qui est irréalisable est réel »
Toute la Création est l’œuvre des deux principes masculin et féminin. Ces deux principes reproduisent l’activité des deux grands principes cosmiques créateurs que l’on appelle le Père céleste et la Mère divine. Aucune sorte de création n’est possible avec un seul principe, c’est seulement quand ils sont ensemble et unis qu’il y a des échanges féconds et un travail de création. Cette loi s’applique dans toutes les régions de l’univers. La science des deux principes est la science de l’harmonie que les Initiés ont appelé la Balance cosmique, c’est-à-dire équilibre. Mais cet équilibre ne signifie pas immobilité, car c’est la perpétuelle oscillation entre les deux pôles complémentaires qui engendre la vie. Nous retrouvons cette loi dans le fonctionnement de l’électricité et du magnétisme : une prise électrique a deux pôles (négatif et positif), un aimant aussi.
Le principe masculin est le principe émissif, actif, “positif”, il projette, ensemence et donne le germe de la vie. Le principe féminin est le principe réceptif, passif, « négatif », il recueille et organise pour produire une œuvre achevée, parfaite. L’un envoie des ondes et des forces, l’autre répond, reçoit et travaille sur ce qu’il a reçu. C’est pour l’opposer au principe masculin, actif, que le principe féminin est défini comme passif, mais en réalité il n’est pas inactif, il exerce une action qui est celle d’attirer de la périphérie les éléments dont il a besoin pour créer. Si le principe masculin apporte le contenu, le principe féminin apporte le contenant, la forme, et la forme est dotée d’un formidable pouvoir d’attraction. Symboliquement, le principe masculin représente l’esprit et le principe féminin représente la matière sur laquelle il travaille ; l’esprit a besoin de la matière pour s’incarner, et la matière a besoin de l’esprit pour être animée, vivifiée. Dans une famille, le rôle et la responsabilité du père ne sont pas supérieurs à ceux de la mère, les deux sont de même valeur, de même importance, puisque les deux sont nécessaires pour donner naissance à un enfant.
Il est dit que l’être humain a été créé à l’image de Dieu, c’est-à-dire à l’image de ces deux principes. Chacun de nous possède donc une partie masculine et une partie féminine, l’une visible et l’autre cachée, mais quand même présente. Chaque femme est femme dans son corps physique, mais intérieurement elle possède le principe masculin. De même, chaque homme est homme dans son corps physique, mais intérieurement il possède le principe féminin. Dans les traditions initiatiques, et notamment en Inde, on enseigne que lorsque nous sommes en bas, incarné sur terre, l’autre pôle de nous-même est en haut dans les régions subtiles de la lumière, en communion avec le monde divin, dans la perfection et la plénitude. Quand nous disons chercher Dieu, en réalité nous cherchons à nous fusionner avec notre principe complémentaire qui est en réalité la véritable « âme-sœur », pour devenir une entité achevée, parfaite.
« La nature aime être cachée », écrit Héraclite (Phusis kruptesthaï phileï).
Phrase étonnante : la nature au contraire n’offre-t-elle pas à nos cinq sens des formes, des sons, des parfums innombrables, partout autour de nous, sans arrêt depuis des millénaires ? Que de phénomènes elle donne aux artistes à admirer, aux savants à étudier, que de matériaux, de ressources aux artisans, aux techniciens ! N’est-elle pas offerte partout, déployée sous nos yeux, disponible ?
Mais on constate que les sciences qui explorent la nature – physique, chimie, biologie – n’en ont jamais fini de faire de nouvelles découvertes et de s’apercevoir combien leur connaissance de la matière était incomplète. La nature reste cachée aux efforts de l’intellect. Et on se souvient que dans l’enseignement initiatique des temples de l’Égypte antique, il y avait une divinité toujours voilée, inaccessible aux regards. C’était Isis, l’épouse du dieu Osiris. À son propos, Omraam Mikhaël Aïvanhov a évoqué dans ses conférences la signification de cette allégorie.
Dans cette grande figure féminine, Isis, les Initiés ont vu un symbole de la nature primordiale, de laquelle sont sortis tous les êtres et tous les éléments de la création. Cette nature impénétrable pour l’homme ordinaire, les Initiés en ont fait leur principal objet d’étude. (1)
Le voile d’Isis, c’est le mystère de la nature vivante que nous n’avons pas encore réussi à pénétrer. (2)
Les humains ne voient donc que les apparences du mystère. La divinité se tient loin des regards et des atteintes irrespectueuses. L’étudiant d’une école initiatique travaille longuement à se dépouiller de tout sentiment vulgaire à l’égard de la nature (qui est féminine). Et lorsqu’il a purifié son cœur, selon la tradition il est admis à soulever le voile d’Isis, à contempler la vérité.
Celui qui par l’ascèse, la prière, le renoncement, sera capable d’obéir aux exigences de l’esprit verra apparaître devant lui Isis dépouillée de ses voiles. (3)
Parvenir à soulever un voile, à ôter un voile, tel est le but de l’Initiation. C’est l’origine de l’expression « soulever le voile d’Isis » transmise par la tradition. (1)
Élargissant presque à l’infini le symbole du voile d’Isis, le Maître Omraam explique aussi que toute chose dans la nature visible, matérielle, est le vêtement d’une entité invisible.
Le corps physique est le vêtement de l’âme et de l’esprit ; les paroles sont les vêtements de la pensée et du sentiment… Toutes les créatures visibles et invisibles possèdent des vêtements.
Une fleur par exemple est un vêtement où se cache une entité. C’est pourquoi il faut méditer sur les fleurs, leurs formes, leurs parfums, leurs couleurs, afin de connaître la nature des êtres qui possèdent de tels vêtements… Et méditer aussi sur tout ce qui existe dans les différents règnes de la nature, minéral, végétal, animal, humain…
Un cristal, un diamant, une pierre précieuse est le vêtement, le corps dans lequel une entité spirituelle s’est incarnée afin de se matérialiser. Les montagnes, les lacs, les rivières, les arbres… la nature entière est le vêtement de l’Esprit cosmique. (2)
Ainsi, le visible cache et révèle l’invisible. L’esprit se voile et se dévoile à travers la matière.
…Atteindre un tel degré d’amour que nous devenions voyants : c’est notre émerveillement qui rendra le voile de la déesse diaphane.
Omraam Mikhaël Aïvanhov
Collection Synopsis n° 3 « Et il me montra un fleuve d’eau de la vie » :
Créer est le plus grand bonheur qu’un être humain puisse éprouver : il est dans la plénitude. En créant, il s’approche de l’essence même de Dieu, le Créateur, et comme il est fait à son image, il peut être lui aussi créateur. Du désordre à l’ordre, du chaos à l’harmonie, telle est la loi de la création, et partout dans l’univers on observe cette loi. La science initiatique nous enseigne que l’artiste véritable est celui qui aspire à faire descendre cette harmonie divine à travers lui. C’est un besoin intense chez lui, aller plus loin, trouver toujours des formes nouvelles, plus belles, plus accomplies.
Le pouvoir créateur de l’être humain réside plus haut que son niveau de conscience ordinaire. La création n’est pas une activité du plan physique : à ce niveau-là on ne crée pas, on copie, on imite seulement. C’est dans le plan mental supérieur que les choses se créent et le seul véritable créateur est celui qui utilise sa pensée. Si nous voulons ne pas perdre notre puissance magique et le pouvoir de nous imposer sur la matière, évitons de descendre à son niveau et nous niveler avec elle.
Et même si la nature ne nous a pas favorisé par des dons artistiques, intérieurement nous avons toutes les possibilités pour trouver en nous la matière des plus belles créations : être musicien, poète, sculpteur, etc., dans nos pensées, nos sentiments, nos paroles… car tous les arts existent dans le travail du spiritualiste.
Les célèbres théories des proportions du corps humain selon Vitruve, le nombre d’or utilisé en architecture par les Égyptiens de l’Antiquité, et plus tard par les bâtisseurs de cathédrales, sont deux exemples qui nous montrent l’importance de s’accorder avec la structure de l’univers. Il existe des monuments dont les proportions, la pureté des lignes, les matériaux avec lesquels ils ont été construits, deviennent comme une nourriture pour notre âme : leur beauté et leur harmonie nous inspirent et nous élèvent. Les nombres sont des puissances, des principes actifs dans le monde des idées, ils organisent et ordonnent tout ce qui existe. Leurs représentations géométriques apparaissent magnifiquement dans la nature entière, depuis la course des étoiles jusqu’aux règnes végétal et minéral.
Les chefs-d’œuvre de l’art peuvent nous apporter beaucoup, cependant même les plus grands artistes sont limités dans leurs moyens d’expression. Il existe un autre travail de création qui s’apparente à la création artistique, car il obéit aux mêmes lois : c’est de modeler nos instincts, ciseler nos impulsions, tisser nos pensées, colorer nos désirs. On peut même dire que le véritable travail de création est le travail spirituel, car il concerne la totalité de notre être. N’oublions jamais qu’il existe, dans notre âme et sur les plans spirituel et divin, des régions qui restent à découvrir et où nous trouverons tout ce dont nous avons besoin pour notre inspiration et notre épanouissement.
L’instinct de création est profondément enraciné dans tout être humain, de plus en plus on voit apparaître des poètes, des peintres, des sculpteurs, des chanteurs, des musiciens, des danseurs, etc. Alors naturellement, combien pensent avoir une vocation artistique ! Pour la plupart d’entre eux, l’acte de créer est souvent un penchant, un apprentissage, un besoin de s’exprimer, d’expérimenter, mais peu se demandent ce que cela leur apporte et surtout apporte aux autres.
Il arrive fréquemment que des réalisations artistiques aient pour origine un mal-être intérieur, des désordres, des troubles profonds pouvant toucher l’existence de gens remarquables. Il est vrai que chaque expérience, même douloureuse et difficile, est source d’enseignement et de croissance, l’artiste apprend au travers de ses propres créations. Mais quels sont les êtres qui arrivent de quelque façon à surmonter les difficultés qu’ils traversent ? Ne leur faut-il pas adopter une discipline de vie, avoir un idéal élevé, entreprendre un travail en profondeur ? Dans le cas contraire, les œuvres créées ne donneront rien d’extraordinaire, ce seront souvent des copies, des reproductions et non de véritables créations.
La véritable création commence par la connaissance des lois du monde spirituel ; elle nécessite de prendre des modèles dans le monde sublime. Être artiste, c’est tendre vers la perfection, la perfection du sens, la perfection des formes, des mouvements, des couleurs, des sons, afin d’ouvrir aux humains les portes du monde divin. C’est ne faire qu’un avec la lumière, un avec la beauté, un avec la puissance, un avec la vie universelle. Voilà les préceptes que nous donnent les Initiés.
Cependant, il ne faut pas oublier que toute création dans le domaine spirituel demande un certain retrait, c’est un travail solitaire où personne ne verra rien, pas même nous. Alors, devant cette absence apparente de résultat, nous sommes parfois assailli par le doute, et par moments nous serons tenté de tout abandonner pour faire, comme tout le monde, une activité dont le résultat est visible rapidement. Mais celui qui devient conscient de l’existence de son monde intérieur et qui s’applique à y travailler avec précision et clarté, en utilisant les plus belles couleurs et les plus belles formes, sent que son travail est là, en lui : il ne peut pas se décourager, il ne peut pas douter. Il est peintre, sculpteur, compositeur, il vit au milieu de ses créations.
Sur le chemin de l’évolution, l’amour de la beauté peut nous amener très loin, mais seulement l’amour pour la beauté spirituelle, la beauté divine qui est à la fois pureté, harmonie, intelligence. Car cet amour pour la beauté est une protection, c’est lui qui nous empêchera d’aller nous égarer dans la médiocrité, la bassesse, tout ce qui peut salir notre cœur, notre âme. La véritable beauté ne peut pas se décrire, elle n’appartient pas, par essence, au monde physique. C’est pourquoi on ne peut pas la saisir et encore moins la posséder, c’est la vie pure, la vie jaillissante. La vraie beauté, c’est lorsque nous regardons un diamant traversé par les rayons du soleil, nous sommes ébloui par ce scintillement, ces éclats de couleurs pures !
Ainsi, la vraie création fait appel à des éléments de nature spirituelle. Un jour nous comprendrons que seules nos créations intérieures sont vraiment réelles, car elles sont les seules à avoir des racines en nous. La prédestination de l’être humain ne s’arrête pas là – à devenir artiste, philosophe ou savant. La prédestination de l’être humain, c’est de développer des facultés bien supérieures encore qui le mettront en contact avec la présence en lui du Principe divin. Lorsqu’il parviendra à établir ce contact, le Principe divin pénétrera ses facultés physiques, psychiques et spirituelles, et il deviendra véritablement créateur.
« On ne peut entrer deux fois dans le même fleuve (Potamô gar ouk estin embênaï dis tô autô) ». Cette phrase très connue d’Héraclite d’Éphèse (V° s. avant J-C.), on la rapproche volontiers de son autre célèbre aphorisme : « Panta rheï, tout coule ». Toutes choses s’écoulent, le fleuve, et par métaphore l’eau du temps, l’eau de notre existence, l’eau de nos états psychiques… On croit se baigner aujourd’hui dans la même rivière qu’hier, mais on est entouré d’ondes toujours nouvelles : le courant qui vient d’amont perpétuellement nous dépasse et s’enfuit.
Cette impermanence des choses a été chantée par de nombreux poètes sur le ton de l’élégie : regret, nostalgie de la jeunesse, de la beauté… La philosophie initiatique se place sur un plan plus élevé que celui de l’émotion, du sentiment. Omraam Mikhaël Aïvanhov donne de ce thème plusieurs variations d’une grande ampleur. L’une est une vision de l’histoire des pays :
Les fleuves portent toujours le même nom, Seine, Tamise ou Mississipi, mais l’eau qui coule dans leur lit est chaque jour nouvelle. Les habitants du fleuve, les milliards de gouttes d’eau, ne font que passer : tandis qu’elles se dirigent vers la mer, d’autres prennent leur place. Comme les fleuves, les pays conservent souvent le même nom, mais il s’y incarne successivement des êtres toujours différents et qui viennent d’ailleurs. Ainsi s’expliquent les changements qu’on voit se produire dans leur histoire. (1)
Autre image, plus vaste encore. Après avoir évoqué le cycle de l’eau qui coule vers la mer, s’évapore, retombe en pluie sur la terre, redevient torrent, fleuve, mer, et recommence indéfiniment, le Maître Omraam dit :
Les destinées humaines sont à l’image de ces voyages perpétuels que fait l’eau entre le ciel et la terre, la terre et le ciel. Comme les gouttes d’eau, les âmes descendent sur la terre, chacune dans un lieu déterminé. De là, elles ont tout un chemin à parcourir, jusqu’au moment où elles retourneront vers leur lieu d’origine… pour redescendre à nouveau un jour dans un autre lieu. Cela s’appelle la réincarnation. (1)
Dans un autre aphorisme, Héraclite écrit : « Chaque jour le soleil est nouveau (Ho helios neos eph’hêmerê estin) ». N’est-ce pas la même idée que le « tout coule »? Tous les plans du cosmos sont parcourus d’ondes de subtilité différente mais de même nature, et quand on regarde un feu flamboyant et une cascade tumultueuse, on trouve une similitude entre l’eau et le feu. L’eau est une sorte de feu et le feu est une sorte d’eau.
Du soleil coule un feu, comme de la source coule une eau toujours nouvelle, et on ne se baigne jamais deux fois dans le même rayonnement solaire. L’œil physique observe un astre qui se lève et se couche invariablement le même ; mais en devenant sensible aux courants subtils de la nature, on découvre que le soleil envoie vers la terre des fluides toujours inconnus, toujours nouveaux. Le Maître en tire une conclusion pratique pleine de poésie :
Notre vie doit être toujours nouvelle, toujours jaillissante. Comme le soleil, qui est toujours nouveau. La vie d’hier est déjà du passé, le soleil d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier, il renouvelle nos richesses, il nous apporte chaque jour quelque chose qui n’existait pas la veille. En se levant chaque matin il nous invite à recevoir une vie toute neuve, à entrer dans un autre rythme, à nous mettre au diapason de la lumière, au diapason de l’éternité. Et c’est cela, la véritable fontaine de jouvence. (2)
Omraam Mikhaël Aïvanhov :
(1) Œuvres Complètes, tome 20 (éd. 2008), 17 février
Ainsi le magnétisme est ce moyen par lequel chacun de nous peut recevoir et donner des informations : déceler un trouble, une dysharmonie dans un corps vivant, et lui transmettre une énergie d’amour pour restaurer l’équilibre. Les vibrations qui entourent les corps vivants, qu’il s’agisse d’un arbre, d’une nappe d’eau, d’un animal ou d’un être humain sont de même nature. Notre corps physique peut donner beaucoup d’avertissements, il a son langage. De quelle façon donne-t-il des informations ? Sous forme de sensations, de picotements, de démangeaisons, de douleurs. Les cellules sont des antennes qui captent certaines ondes déterminées en fonction de la place qu’elles occupent. Les cellules des pieds, par exemple, captent ce qui vient de la terre, la circulation des courants telluriques ; les cellules du cerveau et les chakras sont harmonisés avec les vibrations de l’univers et captent les hautes fréquences. Ces deux courants, l’un venant de la terre et l’autre d’en haut, se croisent au plexus solaire, d’où l’importance d’harmoniser ces courants en nous. Les mains, quant à elles, ont des polarités différentes et projettent des courants de nature différente. La main droite possède la polarité masculine en relation avec le soleil, c’est le rayonnement, la volonté. La main gauche est reliée à la polarité féminine en relation avec la lune, la pureté et l’imagination. Dans notre vie nous avons à travailler avec ces deux principes, c’est pourquoi les deux mains sont mises ensemble pour guérir, soutenir, sauver, illuminer.
Omraam Mikhaël Aïvanhov nous dit : « La création est une continuité. Donc, de la matière à l’énergie et de l’énergie à la matière, il n’y a ni interruption ni rupture. De même qu’une force peut se cristalliser en formes, de même la matière peut se désintégrer et redevenir énergie« . Ceci est à rapprocher de la maxime des alchimistes : Solve et Coagula, alternance entre la dissolution d’un corps et sa condensation. Il y a cinquante ans et plus, la médecine psychosomatique a commencé à se rendre compte que le psychisme est pour quelque chose dans les maladies et que le côté subtil a toute son importance. De plus en plus les chercheurs et les scientifiques découvrent ce que la Science initiatique enseigne depuis toujours : le monde subtil commande au monde physique, l’invisible commande au visible, l’esprit commande à la matière. L’être humain possède en lui-même les éléments capables de s’opposer à la maladie, grâce à sa volonté et à ses pensées qui sont des entités vivantes. Beaucoup de troubles viennent de la dysharmonie qui s’est installée dans notre vie intérieure et que nous négligeons trop souvent. L’amour, la vie intense, l’harmonie que nous introduisons en nous sont les fondements de la santé, voilà ce que nous disent les Initiés. Mais comment peut-on penser que la sagesse de Dieu, son amour, sa volonté trouveront le chemin en nous si nous n’avons rien prévu, rien préparé ? Ce chemin se grave par des actes, mais aussi évidemment par les pensées et les sentiments qui préparent ces actes. C’est pourquoi, même si la santé dépend de facteurs individuels, environnementaux, spirituels, la médecine la plus efficace c’est notre façon de vivre.